
Le
professeur J. Allen Hynek et Jacques Vallée en 1978 (tiré du
livreScience Interdite, O.P. Editions, 1997)
I - Parcours ufologique...
1 -
Première approche du phénomène OVNI
2 - Passons aux choses sérieuses...
3 - Un système de contrôle ?
II - Quelques pièces et outils versés au dossier OVNI...
1 - La
classification Vallée
2 - Les sept pièges du faux raisonnement
3 - Ummite-moi un extraterrestre
4 - Cinq arguments contre lorigine extraterrestre des OVNI
Pourquoi un article sur Jacques Vallée ?
Toute personne intéressée par lufologie connaît son nom et sait bien que cest lui qui inspira le rôle du scientifique français joué par François Truffaut dans le film de Spielberg, Rencontre du IIIème type. Mais à part ça, que sait-on aujourdhui de son travail considérable depuis les années 50, dans la petite communauté virtuelle qui chasse lOVNI ?
Et pourtant, à la lecture de ses nombreux livres, on ne peut quêtre favorablement impressionné par le temps et largent quil a investis à la recherche des sacrés soucoupes, par toutes les pistes détude quil a pu défricher, et par son habitude daller directement enquêter sur le terrain, quel que soit le pays concerné, plutôt que de se fier aux habituelles informations de seconde main qui dénaturent tant les rapports... Bien entendu Vallée nest pas parfait, loin de là, et nous verrons quil a parfois sous-estimé limportance de certains aspects du dossier, mais il nen reste pas moins que son travail est incontournable pour toute personne qui voudrait en savoir plus.
Je vous propose donc un petit tour dhorizon de ce que je sais de lhomme et de son travail... Dabord son parcours ufologique et ses livres, puis quelques unes des pièces quil apporte au débat et qui peuvent intéresser les autres chercheurs.
À vous de vous faire votre avis...
***
I - Parcours ufologique...
1 - Première approche du phénomène OVNI
Tout commence pour létudiant Jacques Vallée en France, dans les années 50. Il vit à Cergy-Pontoise et par un beau matin de 1955, dans le jardin de la maison familiale, il aperçoit dans le ciel un objet bizarre, " un disque avec une coupole transparente dessus ", qui reste stationnaire dans le ciel durant plusieurs minutes... Il refoule cette expérience pendant de nombreuses années, se persuadant que ce devait être un quelconque prototype militaire, mais au fond de lui-même cette explication est loin de le satisfaire.

Jacques Vallée, à son domicile de Cergy-Pontoise, en 1957
En 1961, sa maîtrise en astrophysique lui permet dentrer à lObservatoire de Paris, au tout nouveau service des satellites artificiels (basé à Meudon). Son travail consiste à traquer tout les objets traversant le ciel en haute altitude, afin de tenir à jour les éphémérides. Il travaille avec 2 autres astronomes à cette tâche. Cest à cette époque quil se rend compte que des choses tout à fait inhabituelles et inexpliquées parcourent le ciel. Il lui arrive parfois de traquer des cibles qui ne correspondent à rien de connu, qui ne sont pas des météorites et qui ne sont répertoriées nulle part... Il est alors confronté au mutisme des institutions : lorsquavec ses camarades il fait part de ces observations étranges à son supérieur direct, celui-ci se contente de les jeter à la poubelle : pas question de se tourner en ridicule, les Américains se riraient bien de nous !
Jusque là, Vallée sétait dit que si les OVNI existaient vraiment (à lépoque on parle encore de M.O.C., mystérieux objets célestes, comme les avait baptisés Aimé Michel), les astronomes les auraient vus et étudiés depuis belle lurette. Désormais il sait que les choses ne sont pas si simples. À titre personnel, il se met en contact avec des scientifiques, en France et aux États-Unis. La même attitude de censure instinctive se retrouve partout, mais aussi une tripotée de collègues qui se rendent bien compte que la situation doit changer, quon ne pourra continuer ainsi longtemps, à faire comme si rien ne se passait.
2 - Passons aux choses sérieuses...
En 1962, il part aux États-Unis pour aller travailler au département dastronomie de luniversité du Texas. Il prend rapidement contact avec le professeur J. Allen Hynek quil rejoint en 1963, à luniversité de Northwestern, près de Chicago. Hynek est alors le conseiller scientifique de larmée de lAir pour le projet Blue Book. Cet universitaire Américain est encore confiant et optimiste à lépoque, persuadé que son gouvernement sintéresse véritablement au problème.
En 1969, le rapport Condon met un terme définitif au projet Blue Book : les OVNI ne présentent aucun intérêt scientifique, leur étude ne sert à rien. Ouf, la communauté scientifique peut vaquer à ses occupations légitimes, et le public se rendormir sur ses deux oreilles (comme le faisait dailleurs Condon pendant les réunions quil dirigeait).
Mais pour Hynek et son bras droit Vallée, la réalité est tout autre. Durant leur collaboration avec larmée de lAir, ils saperçoivent petit à petit que tous les rapports dobservation ne sont pas envoyés à Hynek, loin de là : on ne lui transmet que les cas les moins probants... Les militaires avec qui ils travaillent semblent adopter 2 attitudes : certains veulent à tout prix se débarrasser de ce dossier encombrant quils jugent sans intérêt, dautres sont bien réservés, faisant des cachotteries et mêlant le chaud et le froid. Hynek et Vallée ont la forte impression dêtre manipulés comme des marionnettes, utilisés comme caution. Vallée finit par avoir la certitude que le rôle de larmée nest pas clair du tout, quelle cache une grosse partie de ce quelle sait, et quenfin elle mène discrètement de son côté des recherches bien plus poussées, à partir de rapports très bien fournis qui restent confidentiels. Le projet Blue Book ne serait quune façade bien pratique pour calmer les esprits...

"Vallée
fut parmi les premiers à critiquer l'attitude très douteuse de
certains services gouvernementaux, utilisant la désinformation
et la noyautage afin de "couler" la recherche civile...
(ci-dessus, la très discrète NSA et la DIA)"
Nayant plus vraiment confiance en une collaboration militaires - universitaires, Vallée se retire progressivement des turpitudes officiels et se met à travailler à titre personnel sur le sujet...
En 1965, Vallée publie sa première étude sur le sujet, Anatomy of a phenomenon : unidentified objects in space - A scientific apraisal. Toute la communauté ufologique Américaine reçoit avec enthousiasme ce livre écrit par un scientifique, à mille lieux des divagations extrêmes de la littérature OVNI du moment.
Puis en 1966 et en français cette fois, il écrit Les phénomènes insolites de lespace.
Il pose dans ces livres les bases dun travail rigoureux de collecte des témoignages, et danalyse des caractéristiques qui en ressortent.
En 1969 est publié un livre plus ambitieux, Passport to Magonia - from folklore to flying saucers (bêtement traduit en français sous le tire Chroniques des apparitions extraterrestres !). Vallée y met en parallèle les témoignages modernes dOVNI dune part, et des récits folkloriques de tous pays de lautre. Gnomes, lutins, elfes qui dansent dans les champs et laissent des " ronds de fées " où lherbe ne repousse plus, qui capturent parfois un humain pendant une journée alors quune année sest écoulée pour ses proches, qui donnent des galettes aux humains rencontrés dans la forêt, qui senvolent dans leurs grands paniers volants... font curieusement penser aux histoires de soucoupes et aux actes de leurs occupants...
Quen déduire ? Vallée parle de " folklore en formation ", sans déterminer lorigine de cette formation. Visiblement, depuis très longtemps, ces phénomènes sont là et interagissent avec lhomme, modifiant sa culture et ses croyances de manière non négligeable. Il faut se méfier de lexplication moderne de vaisseaux extraterrestres visitant la Terre dans un but détude, car celle-ci colle trop à notre culture et à nos connaissances actuelles, comme le " Petit Peuple " collait bien à la conception que lon avait du monde au moyen âge...
Dès cette époque, Vallée systématise ses recherches, il est en relation avec de nombreuses personnes, Aimé Michel est son ami depuis longtemps, tout comme Hynek, mais il a aussi fréquenté le major Quintinilla du Blue Book, et tous les acteurs de lufologie américaine, notamment lAPRO. Il correspond aussi beaucoup avec des ufologues dAmérique Latine, dItalie, dEspagne, et avec de nombreux scientifiques qui sintéressent à titre privé et anonymement au problème OVNI...
Se forme alors autour de lui et dHynek tout un cercle de chercheurs. Des réunions sont organisées chez lui à Chicago. On baptise le groupe le " Collège invisible ". Des histoires incroyables, simples rumeurs et faits plus crédibles, sont amassées durant cette période.
3 - Un système de contrôle ?
Quelques années plus tard, en 1975, Vallée publie The Invisible college - What a group of scientists has discovered about UFO influences on the human race. Cest certainement un de ses plus importants livres. On y trouve les pistes de recherches et de réflexion qui faisaient le quotidien du groupe de " UFO brainstorming " quétait le collège. Notamment les témoignages des siècles passés, des bas-reliefs Phéniciens par exemple quon peut interpréter dans une optique OVNI (mais attention, Vallée se garde bien den tirer des conclusions hasardeuses comme le fit Von Danïken).
Mais Vallée développe surtout dans ce livre lhypothèse du " système de contrôle ". Le phénomène OVNI semble se dissimuler lui-même, aujourdhui le camouflage consiste en vaisseaux extraterrestres, parce que cette explication sadapte à notre culture. Mais à chaque époque de lhumanité, le même phénomène sadapterait aux croyances alors en vigueur...
Mais quest ce que cest que ce " système de contrôle " ? La notion reste vague malgré ses tentatives dexplication. Personnellement, jai cru y discerner lidée quun élément totalement inconnu de nous, naturel dans une certaine mesure puisquil semble avoir toujours été présent, influe sur lhumanité de manière discrète mais profonde, en modifiant petit à petit la psychologie des masses, et ce pour une raison qui nous échappe totalement. Pour prendre une image, la fonction et lexistence de mon PC échappent totalement à linsecte qui vient de se poser sur mon écran parce que la luminosité lattirait... (bon, limage est de moi, et elle vaut ce quelle vaut...).
Certains rapprochements de Vallée sont audacieux. Il cite par exemple un des miracles dûs à la grotte de Lourdes : au XIXème siècle, un ouvrier était immobilisé depuis plusieurs années par une jambe parce quune section de los de quelques centimètres avait été détruite au cours dun accident de travail. Miraculeusement, il fut guéri et la section manquante réapparut, fait attesté par les médecins qui le suivaient depuis son accident, et qui ne trouvèrent évidemment aucune explication. Et Vallée davancer comme hypothèse de travail quune technologie suffisamment avancée pourrait greffer, voire synthétiser, des parties dos du squelette tout aussi bien que ne le ferait le bon Dieu....
Vallée se pose aussi la question de la part " psychique " du phénomène OVNI. Il prend lexemple dUri Geller, qui prétendait avoir été contacté par des OVNI dans sa jeunesse, et en avoir développé ses dons paranormaux.... Évidemment Geller était un habile manipulateur, mais Vallée sintéresse moins à la validité de lhistoire, quau fait que Geller et ses amis aient pu y croire sincèrement, ce qui aurait influencé leur parcours. Vallée passe ainsi en revue plusieurs histoires de " contactés " sétant par la suite découvert des dons de clairvoyance ou de télékinésie, et ayant constitué de véritables cercles culturellement séparés du reste de la société...
La sonnette dalarme
En 1979 est publié Messengers of deception - UFO contacts and cults (titre français : La grande manipulation). Cette fois-ci, Vallée étudie les répercutions du phénomène sur de micro-groupes sociaux. Il salarme de laugmentation progressive de cultes voués aux Visiteurs, et qui ont parfois comme base de véritables observations. Dans quelle mesure le témoin/futur gourou est-il seul responsable de la tournure que prennent les événements ? À quoi joue lintelligence qui se cache derrière le phénomène ? Vallée tire la sonnette dalarme. Il se pourrait très bien que ses groupements sectaires se développent au-delà de toute attente, et finissent par ruiner une recherche sérieuse. Claude Vohrilon (aussi appelé Raël, aussi appelé " celui-qui-lave-plus-que-blanc " à cause de ses tenues) semble assez inoffensif en 79, quen sera-t-il dix ans plus tard ? Enfin, quel est le rôle exact des autorités dans ce jeu trouble et confus ? LÉtat est-il un simple observateur, ou bien un acteur particulièrement actif ?
Le travail de synthèse
Après quelques années de silence pendant lesquels Vallée séloigne de plus en plus de la scène ufologique et de ses polémiques, tout en continuant une étude personnelle, il publie coup sur coup trois volumes, qui synthétisent et détaillent son approche.
Dimensions - a casebook of alien contacts en 1988
Confrontations - a scientists search of alien contact en 1990
Revelations - alien contact ans human deception en 1991
Nayant pas encore lu Dimensions, vous me permettrez de ne pas le résumer.
Dans Confrontations, Vallée se penche sur quelques dossiers quil connaît très bien, puisquil a personnellement participé aux enquêtes. Il consacre de longs chapitre aux effets physiques des rencontres, modification biologique de certains végétaux (le célèbre cas de Trans-en-Provence), guérisons miraculeuses (cas du fameux docteur X français), voire mort pure et simple (vague brésilienne de 1977)...
Vallée veut démontrer ainsi quon en sait un peu plus aujourdhui quil y a 40 ans, les dossiers saccumulent, mais malheureusement aucun travail de synthèse nest effectué... Enfin, il insiste beaucoup sur les vertus du travail sur le terrain : inspecter soi-même les lieux, interroger les témoins plusieurs fois, recouper des informations diverses ; vérifier encore et encore ses sources. Il sest ainsi aperçu que souvent, lévénement réel navait rien à voir avec ce qui était raconté et discuté en long et en large dans le milieu ufologique : aller sur le terrain est la base de tout travail sérieux... Cest ainsi quun chapitre est consacré à la vague brésilienne de 1977, totalement ignorée par la communauté ufologique jusquà ce quil se rende lui-même sur les lieux pour savoir de quoi il retournait. Et pourtant, cette vague fut importante : pendant 2 mois, toute la population dune petite ville isolée put voir, tous les soirs, de nombreux ovnis aux formes très diverses vaquer à dobscures occupations, et parfois même prendre en chasse des personnes isolées, lesquelles souffraient par la suite de symptômes précis (baisse de tension, fatigue générale, apparition de " cloques " sur le corps, perte passagère de pilosité par endroits...). Une paranoïa collective fit se dépeupler petit à petit les environs, pendant quune équipe de militaires était envoyée sur les lieux.
Dans Révélations, il aborde un autre sujet en profondeur : le rôle trouble joué par les autorités dans certains dossiers. Ainsi, Hynek et lui-même furent contactés par des représentants officiels de lAir Force par exemple, qui leur racontaient avec le plus grand sérieux de fantastiques histoires sur des contacts entre ufonautes et militaires.
Des preuves ? Évidemment quil y en avait, il suffisait dattendre encore quelques semaines, le temps que les dernières formalités administratives soient remplies... Mais les preuves promises se faisaient toujours désespérément attendre. Vallée parle de " technique de la carotte et du bâton ". Lorsque lui et Hynek se lassèrent de ce petit jeu stérile, alors tout simplement les " informateurs " se tournèrent vers dautres chercheurs moins regardants, moins méfiants, plus crédules. Et lon vit progressivement apparaître sur la scène ufologique les rumeurs les plus extraordinaires : MJ-12, Zone 51, pacte entre E.T. et gouvernement... Toutes allégations qui savéraient plus bancales et infondées les unes que les autres si on se donnait la peine daller au fond des choses. Mais ces manuvres de désinformation avaient réussies. En quelques années, Vallée vit les débats sombrer dans des méandres de plus en plus paranoïaques et fumeux, alors que les observations continuaient à saccumuler, sans que personne ne se donne plus la peine dy prêter attention.
Vallée passe en revue quelques unes de ces manipulations et désinformations, notamment laffaire de Bentwaters en Angleterre en 1980, les allégations de Bill Moore (qui avoua lui-même par la suite avoir travaillé avec les services de renseignements américains pour une opération de désinformation), le canular de lAPEN, létrange et inextricable affaire des six de Gulf Breeze...
Il dégonfle au passage quelques baudruches, entre autres la fameuse histoire de " lexpérience de Philadelphie " : en 1943, larmée américaine aurait procédé à un test secret visant à rendre un porte-avion invisible. Nous sommes en 1943 et la technologie du radar est en plein boum... Effectivement, dit Vallée, il sagissait de rendre le navire invisible... mais invisible aux radars ! Les sous-marins allemands ayant la désagréable habitude de repérer constamment les flottes alliées... Quant aux suites de cette expérience, on les trouve dans lactuelle technologie " stealth "...
Enfin, autre manipulation gouvernementale selon Vallée, le dossier Ummo... Nous y reviendrons tout à lheure.
En 1992 sort UFO chronicles of the Soviet Union : a cosmic samizdat, écrit en collaboration avec la journaliste Martine Castello. À lheure actuelle, louvrage nest toujours pas traduit en français, ce qui est bien dommage vu quil traite de la vague russe de 1989-1991 (on notera la concordance des dates avec la fameuse vague belge). Il faut noter que ces événements furent tout simplement occultés par lufologie américaine et européenne, qui sen désintéressa rapidement.
Selon Vallée, se désintérêt serait dû en partie à cause des a priori de lufologie actuelle : les témoignages parlent de sphères lumineuses doù sortaient des " géants " blonds dau moins 3 m. de haut. Or, tout ufologue averti sait bien que les pilotes des ovnis sont petits, gris, poilus et quils travaillent de concert avec le gouvernement américain !
Enfin, en 1996, Vallée publie Forbidden science - Journals 1957-1969. Ce gros volume est un document exceptionnellement intéressant : tout simplement la chronique au jour le jour de la vie et du travail de Vallée pendant une période phare (lépoque du Blue Book). On y croise des personnes aussi intéressantes et disparates que Aimé Michel, J. Allen Hynek, Jacques Bergier, Betty et Barney Hill, Serge Hutin, le capitaine Edward J. Ruppelt... On y comprend aussi quelle était latmosphère de lépoque, le rôle trouble de larmée, les groupements privés qui sont encore sérieux pour la plupart, les médias et leur manière outrancière de galvauder le sujet...
Le plus intéressant dans tout cela étant sans doute la présence du " rapport Pentacle ", que Vallée retrouve dans des archives que Hynek avait laissées sagglutiner sans espoir dy mettre de lordre...
Il faut aussi noter lexcellente édition française de ce livre, quon doit aux éditions O.P. (Observatoire des Parasciences), qui éditent aussi la revue Anomalies, dirigée par Yves Bosson et Pierre Lagrange. Même si le travail de Lagrange est très discutable, il faut rendre hommage à cette équipe pour ce superbe volume.
Et aujourdhui ?
Voici comment Vallée termine son Journal :
" Il y a longtemps que des amis bien informés de conseillent de me retirer à nouveau dans les coulisses. Jai lintention de les écouter. Je ne peux pas justifier de rester associé à lufologie telle quelle se présente au public aujourdhui. Dailleurs, je soupçonne que le phénomène offre à nos yeux une structure fort différente dès que lon abandonne les sentiers battus et les faux débats qui cachent ou défigurent les questions "recherchables". "
Remarquons que Vallée nest pas le seul chercheur sérieux à choisir cette attitude de repli et de travail " en coulisses ", ce qui est évidemment bien dommage : la scène ufologique est ainsi laissée aux pires amateurs, qui marchent dans tous les pièges, et sattachent aux théories les plus fantasques au détriment dune recherche raisonnée et scientifique...
Voilà pour ce tour dhorizon du parcours de Jacques Vallée.
Voyons maintenant de plus près quelques uns des éléments que Vallée a développé tout au long de sa carrière...
II - Quelques pièces et outils versés au dossier OVNI...
1 - La classification Vallée
Depuis les années 60, époque de sa collaboration avec Allen Hynek qui était alors le conseiller scientifique du projet Blue Book, Vallée a rassemblé des milliers de témoignages sur les ovnis, issus de tous pays. Ce nombre peut paraître trop généreux, mais il ne faut pas oublier quil a pu inclure dans son travail beaucoup de témoignages préalablement centralisés par larmée américaine, ainsi que ceux que lui fournissaient ses correspondants un peu partout dans le monde. De plus, lorsque le reste des ufologues se battait au sujet du MJ-12 ou de la zone 51, Vallée continuait tranquillement, loin du tumulte, à collecter de nouvelles observations.
Mais une fois toutes ces données rassemblées, encore faut-il pouvoir les trier, les classer, avec si possible le plus de rigueur et de maniabilité possible. Sil est astronome de formation, Vallée est informaticien de métier. Il est conscient du formidable outil de recherche que représente lordinateur, et les bases de données quil permet de créer puis de manipuler...
Vallée a ainsi créé une méthode de classification du phénomène. Elle inclut la catégorie des Rencontres Rapprochées de Hynek, si célèbres, mais insuffisantes. Cest dans son livre Confrontations quil expose cette méthode de classification.
Elle comprend 2 parties, le " Type de phénomène " à proprement dit, et le critère de fiabilité " SVP ". Ce dernier est très important, il permet de donner une estimation de lintérêt de lobservation.
Voyons cela de plus près...
TYPE DOBSERVATION (voir tableau ci-dessous)
Vallée considère 4 types dobservations :
Anomalie (AN),
Survol (SU),
Manuvre (MA),
Rencontre Rapprochée (RR).
Pour chacun, 5 sous-groupes différents :
1-Observations simples,
2-Effets physiques,
3-Créatures vivantes,
4-Transformation de réalité,
5-Traumatisme.

"Tableau
de la Classification Vallée (tiré du livre
Confrontations,éditions J'ai Lu, 1992)"
Ce classement permet de considérer 20 types différents dévénements, allant du plus basique, AN1 (une simple lumière anormale dans le ciel) au plus impressionnant, RR5 (guérison miraculeuse ou au contraire mort à la suite de lobservation de lovni).
Notez que les catégories AN3 et AN4 permettent de prendre en compte une observation où napparaît pas un ovni, mais simplement une créature anormale (cas des observations de Varghina au Brésil en 1995), et pouvant altérer la réalité du témoin.
ÉCHELLE DE FIABILITÉ SVP
Ces trois lettres désignent les mots Source (de lobservation), Visite (du lieu de lobservation) et Possibilité (dune explication naturelle).
À chacune des lettres est associé un coefficient de fiabilité allant de 0 (nul) à 4 (excellent). Ce qui donne en fin de compte une " note " pour lobservation considérée, allant de 000 (sans intérêt) à 444 (Bingo ! Cas très sérieux !).
Voici léchelle détaillée pour chaque critère.
S = Source :
S0 = Source inconnue, invérifiable
S1 = Source connue mais dont on ne peut estimer le degré de fiabilité
S2 = Source digne de foi mais de seconde main
S3 = Source digne de foi et de première main
S4 = Interview directe du témoin, recueillie par un enquêteur compétent
V = Visite (du lieu de l'observation) :
V0 = Pas de visite du site
V1 = Visite par une personne non spécialisée
V2 = Visite par une personne familiarisée avec le phénomène
V3 = Visite par une personne spécialisée en "ufologie"
V4 = visite par un enquêteur chevronné qui a fait une enquête
approfondie sur les lieux
P = Possibilité (d'une explication naturelle) :
P0 = Les données concordent avec une explication naturelle
P1 = une explication naturelle peut être appliquée si l'on modifie légèrement les données originales
P2 = Il faudrait modifier excessivement un des paramètres pour trouver une explication naturelle
P3 = Il faudrait modifier plusieurs paramètres pour trouver une explication naturelle
P4 = L'évidence fournie ne permet pas de conclure à une explication naturelle
Évidemment Vallée a appliqué cette méthode de classification pour ses dossiers. Il donne dans Confrontations une longue liste de cas ainsi traités. La méthode semble porter ses fruits puisquil pourra en tirer plusieurs courbes, dont une qui permet de conclure que les cas de Rencontre Rapprochée se déroulent principalement en soirée (21h-23h), puis juste avant laube (vers 5h du matin). Ces résultats sont confirmés par les travaux dautres chercheurs (Poher, Randles...) qui aboutirent à la même conclusion, quelle que soit la " vague " considérée.
Je ne peux quencourager le lecteur à lire de lui-même lexposé de cette méthode de classification par Vallée dans Confrontations, qui constitue un modèle du genre pour toute enquête sur le terrain puis traitement des données collectées.
2 - Les sept pièges du faux raisonnement
Dans Révélations, Vallée explique le mécanisme de 7 pièges de faux raisonnement, qui finissent par faire croire à tout et à nimporte quoi, au-delà de toute attitude rationnelle et critique, comme il le constata autour de lui lorsque les faux documents du MJ-12 par exemple commencèrent à circuler.
Voici, résumés, ces 7 pièges :
Piège numéro 1 : la transitivité de létrangeté
" Nous sommes tous enclins à commettre cette erreur qui se développe comme suit : quelquun fait une déclaration très étrange que jappellerai (A). (A) pourrait être par exemple laffirmation "Je suis en contact avec une civilisation extraterrestre." Quand on demande à cette personne den apporter la preuve, elle fait une seconde déclaration que lon appellera (B). Par exemple : "Ils mont donné le pouvoir de tordre cette petite cuiller par le simple fait dy penser." "
La personne en fait alors la démonstration, bluffant les observateurs en tordant réellement la petite cuiller en question.
" Lesprit humain, prompt à tirer des conclusions hâtives, a établi une transition (B est vrai, il a été énoncé dans le contexte de A, donc A doit être vrai), qui est complètement injustifiée. "
Piège numéro 2 : leffet dengrenage
" Cette illusion particulière a été mise en lumière par un sceptique qui a remarqué que la plupart des passionnés de phénomènes paranormaux ne reviennent jamais à des croyances ordinaires après avoir été convaincus de la réalité dun fait surnaturel, même sil est prouvé par la suite quil était totalement faux. (...) Cette illusion nest pas limitée aux ufologues. Si lon parvient à convaincre quelquun dacheter une seule fois un billet de loterie en lui faisant miroiter la perspective de gagner un million de dollars, il continuera probablement à acheter des billets, même sil ne fait que perdre : il serait trop pénible de renoncer à lillusion de pouvoir gagner un million la semaine suivante, dautant plus que les pertes (considérées désormais comme des "investissements") continuent de saccroître. "
Piège numéro 3 : le séquançage des aberrations
" Cette illusion est de nature émotionnelle et, de ce fait, elle est encore plus dévastatrice que les deux premières. Elle montre que la plupart des enquêteurs sur le phénomène, lorsquils ont été dupés une fois, continueront dêtre fascinés par les "révélations" successives, même en sachant pertinemment quelles sont fausses. "
Ainsi, un mystérieux informateur vous prévient quune soucoupe va atterrir en tel lieu à telle date. En enquêteur consciencieux, vous êtes au rendez-vous. Mais il ne se passe rien, aucune soucoupe à lhorizon... (la mésaventure est arrivée à Vallée lui-même !)
Malgré tout... " ce correspondant est maintenant devenu pour vous une source daventures excitantes et de renseignements confidentiels. Vous craignez, en le contrariant, dêtre privé de ces renseignements. De nombreux ufologues tirent une curieuse forme de satisfaction et un sentiment de puissance personnelle de ces sources bidons dont les informations sont toutes mensongères ! Peu importe si le mystérieux individu se trompe à chaque fois, du moment quil continue de fournir de bonnes histoires qui répondent à vos espérances. "
Piège numéro 4 : lattrait du matériel
" Jai remarqué que des chercheurs expérimentés, des gens qui, pendant des années, avaient patiemment étudié des phénomènes paranormaux et les effets qui sy rapportent, pouvaient basculer totalement, en quelques heures, en écoutant des interviews enregistrées de farceurs comme Faucon et Condor. Un jour, à San Fransisco, tout le gratin de la recherche parapsychologique californienne écouta ainsi une conférence du célèbre Arthur Young (...). (Il) présenta une bande vidéo renfermant des révélations sur les prétendus extraterrestres et leurs bases secrètes de la Zone 51. La majorité des participants quittèrent la salle convaincus que des preuves décisives étaient enfin à portée de main. (...)
Il va sans dire quil nen était rien. Tout ce que nous avions était une bande montrant "Dennis", un inconnu sympathique, en train de faire des déclarations farfelues. (...)
Quelle ironie de voir une pleine salle de "lumières" psychiques se laisser embobiner par une histoire de soucoupe écrasée, pour cette seule raison quenfin il y a "quelque chose de tangible". "
Bref, le 4ème piège, cest celui de la preuve matérielle toujours annoncée pour dans très peu de temps...
Piège numéro 5 : lillusion de la noix de coco
Un ami intéressé par la parapsychologie raconte à Vallée une histoire qui lui est arrivée...
" On mavait dit que si je me rendais dans un monastère, à 2 heures de route de Bénarès, jy trouverais un saint homme ayant le pouvoir de faire apparaître un objet à lintérieur dune noix de coco que je tiendrais dans la main. Ils ne sattendaient pas à ce que je le fasse. Mais, avec lobstination dun scientifique américain, je me rendis immédiatement au marché local pour y acheter une noix de coco : je me fis conduire dans le monastère situé à deux heures de Bénarès où je trouvai des moines qui me conduisirent vers un homme dune grande sainteté qui méditait dans sa cellule étouffante et poussiéreuse. Il massura quil était en mesure de faire apparaître un objet à lintérieur de la noix de coco par le seul pouvoir de son esprit, mais me demanda ce qui me permettait de penser que jétais capable de tenir la noix de coco. "
En ufologie, si le gouvernement affirme quil détient des soucoupes dans un hangar qui doit rester secret et auquel aucun enquêteur ne pourrait prétendre accéder, alors nous somme dans la même situation : affirmation totalement invérifiable, on devrait faire aveuglément confiance...
Piège numéro 6 : la fusion des mystères
" Quand deux événements étranges (A) et (B) se produisent dans un intervalle de temps et despace rapproché, il est naturel pour lesprit humain de les unir en un seul mystère. Cest souvent une grave erreur. Le fait que des citoyens dignes de foi aient vu détranges objets volants au-dessus de Groom Lake (événement A), ne confirme en aucune manière les affirmations de John Lear selon lesquelles il existe des hangars abritant des disques (événement B) sur la base aérienne de Nellis. Et même si ces disques existaient, rien ne prouve quils soient liés au mystère des ovnis.
On trouve le même défaut dans les déclarations publiées sur le cas de Roswell (...). Tout ce que nous savons, cest que quelque chose sest écrasé sur un ranch (événement A) et que laffaire a été étouffée par larmée de lair, qui utilisa lexplication ridicule du ballon-sonde pour nier les faits. Les débris ne semblaient par provenir dun objet discoïdal et il ny avait pas de cadavres.
En revanche, un disque et des corps auraient été découverts à plusieurs kilomètres de là presque une semaine plus tard (événement B). Où se trouve le lien logique entre ces deux événements et pourquoi les ufologues amalgament-ils automatiquement ces deux événements pour en faire "lincident de Roswell" ? "
Piège numéro 7 : lamplification du secret
" Ceux qui adhèrent à la théorie extraterrestre brandissent souvent à la télévision des documents gouvernementaux abondamment censurés, pour prouver quils sont dans le vrai. Le public adore le scandale, et ces hommes tirent un grand prestige et une influence accrue à soutenir la thèse que les agences gouvernementales essaient à tout prix de dissimuler les faits.
En réalité la censure peut provenir dune grande variété de raisons fort banales, allant de la nécessité évidente de protéger les nouvelles découvertes techniques à la pure stupidité bureaucratique. Quand la censure est levée, le texte censuré se révèle souvent être de nature purement technique. Les ufologues ont tout simplement magnifié la nature et le sens du secret. "
Vallée conclut ainsi son exposé des 7 pièges :
" Le fait même que les militaires américains fassent en secret leurs propres recherches, interrogeant des témoins et menant de discrètes analyses en laboratoire, montre combien ils en savent peu sur le sujet, et non le contraire ! (...)
Serait-il nécessaire de mener des expériences clandestines, de surveiller des groupes de recherche civils, ou encore de financer par des moyens douteux les recherches de certains ufologues, si larmée de lair avait déjà des soucoupes volantes dans ses hangars et des petits extraterrestres sous le scalpel de ses chirurgiens ? Tout indique une conclusion évidente : lattente de visiteurs venant du ciel est systématiquement encouragée et exploitée par divers groupes, parce quelle sert leur propre dessein. "
3 - Ummite-moi un extraterrestre
Comme beaucoup dautres chercheurs, Vallée a reçu chez lui des lettres Ummites. La première, envoyée de New York, était même sur-timbrée à 10 dollars ! On était pressé de rentrer en contact avec lui ! Mais Vallée est toujours resté très critique envers le dossier " U ".
À la lecture de ses critiques, notamment dans Révélations où il consacre tout un chapitre au dossier, on ne peut sempêcher de constater quelques lacunes, et lon a la désagréable impression quil na pas étudié sérieusement le sujet...
Ainsi, voici un de ses arguments pour démonter lhistoire ummite :
" Dans un de ses documents les plus curieux, la source Ummo déclare que le tout premier atterrissage dun de ses engins eut lieu le 24 avril 1950 près de La Javie, dans les Alpes françaises. Un équipage aurait établi une base temporaire dans une caverne et aurait ensuite effectué un certain nombre dincursions dans les environs. (...)
En 1974, je me rendis à La Javie avec deux enquêteurs français, Aimé Michel et Fernand Lagarde (...). Nous parlâmes aux habitants dun hameau accroché au flanc de la montagne, où la route sarrêtait. Ils navaient jamais entendu parler de cavernes dans la région. De plus, la géologie de lendroit semblait peu propice à la formation de cavités naturelles. "
Vallée semble croire que les Ummites se sont cachés dans une grotte naturelle, ce qui ne colle pas avec la nature du terrain... Mais ce nest pas du tout ce quexplique la lettre dont il parle !
Voici ce que précise la lettre en question :
" Peu après sortaient (des nefs ummites) les six expéditionnaires accompagnés de 20 membres de l'équipage. Il était nécessaire de commencer les travaux d'une construction souterraine d'urgence. (...)
Il était nécessaire de réaliser la perforation en fondant à grande température des grés et des calcaires. la haute composition silicieuse du sol provoqua au début un sérieux problème qui fut rapidement résolu. Les matériaux ainsi fondus furent transmutés en un isotope d'azote. De cette façon, à l'extérieur n'apparaissaient pas des tas de terre qui auraient révélé notre présence à d'éventuels observateurs humains terrestres. L'on travailla toute la nuit jusqu'à 7 heures. Peu avant l'aube nos EUWA se déplacèrent dans un petit bois d'étranges arbres à feuilles filamenteuses identifiés après sous le nom terrestre de "PINUS MONTANA".
La galerie ouverte dans le sous-sol d'une longueur de 4 mètres, à une profondeur de 8 mètres et étayée avec des IGAAYUU (sortes de CINTRES extensibles modulaires d'un alliage de Magnésium très léger), se maintenait à une température très élevée (quelques 500 degrés) bien que la fusion au moyen d'un processus énergétique nucléaire des produits ou des composés du sous-sol s'accompagne ensuite d'un refroidissement très rapide. De plus il était nécessaire de résoudre le problème de la condensation de vapeur d'eau sous forme de petits nuages qui en se décrochant de la galerie en une haute colonne pouvaient révéler notre présence. Il fut nécessaire d'obturer la bouche du tunnel ou galerie avec une plaque de plastique et de recueillir aussi par aspiration les fumées décrochées à partir de la combustion des substances organiques du sol ".
Vallée a-t-il bien lu cette lettre ? En tout cas son argument se base sur une grossière erreur de lecture... Il a sans doute dû uniquement parcourir la lettre, sans y prêter vraiment attention, voire nen a eu quun rapide résumé entaché derreurs, ce qui laisse planer un sérieux doute sur le bien fondé de son opinion au sujet des Ummites...
Malgré cette largesse, au moins une de ses critiques est recevable. On a souvent lu que les lettres Ummites étaient tellement riches, variées et nombreuses quun seul homme, voire même un petit groupe, naurait pu toutes les écrire, depuis tant de dizaines dannées. Il lui aurait fallu une imagination et des connaissances tout à fait fabuleuses.
Faux, répond Vallée. On connaît au moins un cas tout à fait exceptionnel : un homme, Kirk Allen, brillant savant américain travaillant pour le gouvernement, avait été étudié par le psychiatre Robert Lindner, lequel raconte lhistoire de Allen dans son livre Lheure de cinquante minutes.
Il est clair, à la lecture de lexposé du cas par Vallée dans Révélations, quil reprend en grande partie, presque mot pour mot, un article paru dans la revue française Planète en 1963. Il sagit dun extrait du livre, intitulé Le fabuleux voyage dun atomiste, paru dans le 9ème numéro (p.123 à 135). Bizarrement, Vallée ne cite pas une seule fois sa source, et pourtant il emprunte énormément à larticle en question.
En tout cas, lhistoire de Kirk Allen laisse rêveur...
Ce brillant physicien croyait passer une partie de son temps sur une autre planète, Seraneb, sur laquelle il pouvait se rendre à volonté par la simple pensée. Comme il passe de plus en plus de temps à rédiger des mémoires et des études sur cette planète, son travail sen ressent et cest ainsi que Lindner est contacté par des collègues sinquiétant de limportance grandissante de ses " voyages "... En traitant Allen, Lindner se prend à son tour de passion pour la planète Seraneb et découvre les textes rédigés par son patient, qui comprennent :
- 100 pages de dictionnaire
- 82 cartes minutieuses en couleurs et à léchelle
- 161 études sur la géologie et larchitecture
- 12 tableaux généalogiques rigoureux
- 18 pages de description du système galactique auquel appartient Seraneb, avec 9 cartes détoiles
- 200 pages dune histoire de lEmpire dirigé par Allen
- 44 brochures de 2 à 20 pages chacune traitant avec beaucoup de rigueur scientifique daspects particuliers de la vie sur Seraneb, tels que " Application de la théorie du Champ Unifié à la propulsion hyperphonique ", " Métabiologie des habitants des Vallées ", " Culte du Feu et sacrifices rituels sur Srom Sodrat II ", ou encore " La sexualité chez les Crystopèdes "...
Après quelques mois de travail commun entre le patient et son psychiatre, Allen avoue un jour à Lindner quil ne croit plus à toutes ces histoires, et quil se considère désormais comme guéri... Lindner le laisse partir, mais avoue dans son livre quil eût limpression que Allen voulait se débarrasser de lui.
Larticle de Planète se termine ainsi :
" Je nai pas vu Allen depuis des années, mais je pense souvent à lui et aux jours où nous parcourions ensemble les galaxies. Son image revient me hanter, certaines nuits dété, sur Long Island, quand le ciel, recouvrant Peconic Bay, est tout frémissant détoiles. Et parfois, levant les yeux, je me murmure en souriant : "Comment vont les crystopèdes ?" "
Et Vallée termine ainsi son chapitre sur les Ummites :
" Au cours des longues nuits dété de Long Island, quand le ciel est constellé détoiles, il arrive encore au docteur Lindner de lever la tête et de murmurer en souriant : " "Comment vont les crystopèdes ? Que se passe-t-il à Seraneb ?"
De même, je suis parfois tenté de me demander : "La paix règne-t-elle sur le système planétaire dIumma ? Les Ummites sont-ils entièrement satisfaits de la fonction transcendantale dOemii ?" "
Que peut-on en conclure ? Certains nhésiteront pas à avancer le fait quon a tiré des textes Ummites quelques idées scientifiques très intéressantes, ce qui est loin dêtre le cas pour les textes de Seraneb... Oui mais, encore eut-il fallu quun scientifique de bon niveau se penche, par exemple, sur lApplication de la théorie du Champ Unifié à la propulsion hyperphonique, ce qui na jamais été fait...
Imaginons que Kirk Allen, peut-être avec la complicité de quelques amis, se mette à envoyer par vois postale ses rapports et mémoires sur Seraneb à des ufologues... Belle concurrence pour les Ummites !
4 - Cinq arguments contre lorigine extraterrestre des OVNI
Cest le titre que donne Vallée à un article dabord publié en anglais dans le Journal of scientific exploration, puis repris en annexe à la fin de Révélations.
Vallée explique :
" ...les données accumulées tendent à montrer, de diverses manières, que les ovnis existent bel et bien, quils relèvent dun phénomène précédemment non reconnu, et que les faits ne corroborent guère lhypothèse de "visiteurs de lespace", tels quon les conçoit généralement. "
Puis il expose ses 5 arguments. À vous de vous faire votre opinion...
Argument 1 :
Les rencontres rapprochées sont beaucoup plus nombreuses que ne lexigerait toute exploration physique de notre planète.
Argument 2 :
La morphologie humanoïde des prétendus " visiteurs " a peu de chances dêtre apparue sur une autre planète, et dun point de vue biologique, elle est mal adaptée au voyage dans lespace.
Argument 3 :
Le comportement rapporté dans des milliers de récits denlèvements est en contradiction avec lhypothèse dexpérimentations génétiques ou scientifiques menées sur des humains par une race plus avancée.
Argument 4 :
La présence du phénomène tout au long de notre histoire prouve que les ovnis ne constituent pas une manifestation propre à notre époque.
Argument 5 :
Lapparente aptitude des ovnis à manipuler lespace et le temps suggère des hypothèses radicalement différentes et plus riches. (ces hypothèses sont : des lumières sismiques (travaux de Derr et Persinger), un " système de contrôle " naturel (Vallée) et les " trous de vers ", cest-à-dire lhypothèse de voyageurs temporels (Randles)...)
Tout au long de son article Vallée développe ces 5 arguments. Remarquons que les 2ème et 4ème arguments sont pour le moins discutables et semblent partir dune simple opinion de lauteur (notamment, en quoi la présence du phénomène dans les siècles passés invalide-t-elle lhypothèse extraterrestre ?).
***
Ce résumé du travail de Jacques Vallée est donc terminé. Jespère avoir pu montrer que ce travail est essentiel pour toute personne sintéressant sérieusement au phénomène OVNI. On peut évidemment discuter plusieurs conclusions de Vallée. On a vu quil semble avoir traité avec beaucoup de légèreté le dossier des Ummites par exemple, ce qui peut laisser planer des doutes sur le reste de ses recherches.
Malgré tout son travail force le respect par son ampleur et sa richesse.
On la parfois catalogué à tort dans la catégorie " sceptiques ", parce quil est toujours resté méfiant envers certains dossiers. On se rend compte avec le recul quil navait peut-être pas tord...
Il fut tout de même lun des premiers à sinquiéter de la montée en puissance des cultes voués aux Visiteurs, à prévenir la communauté ufologique contre les manuvres de debunking de certains gouvernements, et à insister sur laspect psychologique et culturel du phénomène OVNI à travers les siècles...
Le signe * indique une édition chez Jai Lu en livre de poche, dans la collection bien connue " Aventure mystérieuse ".
- Anatomy of a phenomenon : unidentified objects in space - A scientific apraisal, éd. Ace, 1965
(non traduit en français à ce jour)
- Les phénomènes insolites de lespace (en collaboration avec Janine Vallée), éd. La Table Ronde, 1966
- Passport to Magonia - from folklore to flying saucers, éd. Henry Regnery, 1969
(Chroniques des apparitions extraterrestres, Denoël, 1972)*
- The Edge of reality - A progress report on ufo (en collaboration avec Allen Hynek), éd. Henry Regnery, 1975
(Aux limites de la réalité, Albin Michel, 1978)*
- The Invisible college - What a group of scientists has discovered about UFO influences on the human race éd. E. P. Dutton, 1975
(Le Collège invisible, Albin Michel, 1975)*
- Messengers of deception - UFO contacts and cults, éd. And/Or, 1979
(OVNI : la grande manipulation, Le Rocher, 1983)*
- Dimensions - a casebook of alien contacts, éd. Contemporary, 1988
(Autres dimensions : chronique des contacts avec un autre monde, Robert Laffont, 1989)*
- Confrontations - a scientists search of alien contact, Ballantine, 1990
(Confrontations - Un scientifique à la recherche du contact avec un autre monde, Robert Laffont, 1991)*
- Revelations - alien contact ans human deception, Ballantine, 1991
(Révélations - Contact avec un autre monde ou manipulation humaine ?, Robert Laffont, 1992)*
- UFO chronicles of the Soviet Union : a cosmic samizdat (en collaboration avec Martine Castello), Ballantine, 1992
(non traduit en français à ce jour)
- Forbidden science - Journals 1957-1969, North Atlantic, 1992
(Science interdite - Journal 1957-1969, O.P. Éditions, 1997)
Romans :
- Le Sub-espace, (sous le pseudonyme de Jérome Sériel) Hachette, 1961
- Le Satellite sombre (sous le pseudonyme de Jérome Sériel) Denoël, 1962
- Alintel - La première enquête du professeur Lesage, Mercure de France, 1986
- La mémoire de Markov - Une enquête de Pierre Lesage, Mercure de France, 1986
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