Fatima, un ovni pas comme les autres
Gilles Pinon, Éd. Osmondes, 2002
Encore un livre sur le phénomène ovnien qui n'est pas issu du microcosme "ufologique". Trois événements ont successivement marqué un début de désenclavement du domaine ovnien : Les livres ne relèvent plus seulement d'éditions ou collections ésotériques. Les auteurs ne sont plus seulement des fanas soucoupes mais appartiennent aussi à la société civile ou militaire. Les négationnistes désinformateurs et leurs hypothèses rassurantes psychosociales ont fait long feu. Gageons que le prochain événement sera la sortie des livres d'ovniologie de l'enfer ésotérique des librairies et leur passage dans les secteurs actualité - histoire - science.
L'auteur est contre-amiral et il sera difficile aux débusqueurs de nier son sérieux et sa scientificité, bien qu'il aborde l'ovni par un de ses aspects les moins avouables, sa collusion avec le fait religieux. Le livre est une première en ovniologie parce qu'il donne, à partir d'un seul événement ovnien, une preuve et une explication globale du phénomène.
Fatima est un événement extraordinaire tenu pour un miracle par beaucoup de chrétiens, occulté et pris pour une imposture géante ou une hallucination collective de 70.000 témoins par les scientistes. Renvoyant les croyants et les négationnistes dos à dos, Pinon donne une explication rationnelle de l'opération Fatima, confirmant la nature et l'origine extraterrestre des ovnis. En 1917, l'impossibilité de donner une cause rationnelle ne laissait, par défaut, que l'explication paranormale ou l'hallucination contagieuse, infirmée par les témoins naïfs éloignés. Aujourd'hui, l'éclairage fourni par 50 ans de phénomènes ovniens montre que Fatima anticipait, fondait, résumait, le fait ovnien dans un acte démonstratif et ostentatoire destiné à exploser plus tard comme une bombe à retardement. Fatima prouve et rend logique la prise de contact progressive, des lumières nocturnes aux enlèvements individuels.
La thèse n'est pas nouvelle, mais elle n'avait pas encore été comme ici été disséquée, argumentée, quasiment prouvée. Fatima est un phénomène simulant une apparition mariale et une danse du soleil, miracle annoncé avec préavis de trois mois, et une préparation du public, lui amenant 70.000 spectateurs au jour J à l'heure H, dans un point précis, la Cova de Iria, pour un spectacle complètement irrationnel de dix minutes qui ne pourra être interprété à l'époque que comme un miracle ou un non-événement et plus tard que comme un événement ovnien. Il y aura des témoins même à 20 km, ignorants du spectacle au sol.
Mieux l'auteur en fait l'archétype des événements ovniens. Le mot et le concept d'ovni étaient inconnus en 1917, trente ans avant ce qu'on prend pour l'élément fondateur, l'observation par Kenneth Arnold, au dessus du mont Rainier, des premières soucoupes nommées et médiatisées ; il faudra encore trente ans d'observations furtives ou spectaculaires pour remplir le dossier qui permettra de comprendre Fatima, dont deux des trois volets, apparition, danse du soleil, perturbations atmosphériques sont un concentré de phénomènes ovniens : souffle et nuée blanchâtre au sol, secouement des arbres, éclair, baisse de la lumière et de la température, coups de tonnerre, colonnes de fumée, globe lumineux, cheveux d'ange, analogie entre l'extase et la rencontre rapprochée ; en vol : disque d'argent à manœuvres erratiques, changements de cap à angle aigu, rotation rapide sur lui-même, descente en feuille morte ou en zigzags, faisceaux lumineux, remontée à la verticale, accélérations brutales, arrêts sans freinage, brillance, illumination du paysage et des assistants, y compris les yeux, en orange, bleu, vert… et les 70.000 témoins, trempés par des heures de pluie, seront à sec en dix minutes, tous l'attestent même les sceptiques venus pour démolir le miracle.
Reste aux intégristes du scepticisme de nier l'événement, ce qui suppose de postuler l'hallucination multipliée par 70.000 ou l'imposture gigantesque ; la seule autre cause rationnelle pourrait être le phénomène cosmique inconnu, le tourbillon cosmique polarisant de Cordonnier, mais alors c'est sa probabilité d'avoir été prédit trois mois avant qui est nulle et devient miracle.
La conclusion s'impose : le soleil de Fatima est un ovni
interposé à 10 km sous les nuages entre le Soleil et la Cova de Iria. Il
devient, après 50 ans de préparation, la preuve officielle qu'attendent les
sceptiques. Artéfact physique ostentatoire "impossible" pris
provisoirement en charge par l'Église, Fatima est un signal extraterrestre
aussi probant qu'un débarquement officiel, la plus grande opération de
communication de tous les temps, mais sans le risque d'ethnocide. Elle se
fera en quatre phases :
1. Un événement E, le 13 mai 1917, grandiose,
irrationnel, annoncé, longtemps incompréhensible, destiné à devenir
lentement limpide et évident.
2. La phase n°2 commence trente après, en juillet
1947, entamant 50 ans de pénétration progressive furtive, discrète,
brouillée, donnant rétrospectivement son sens à E.
3. La remise d'un
message à une haute autorité, probablement le Saint-Siège, suivra la phase d'acculturation.
4. Mise en place des structures d'accueil terrestres dans une
humanité préparée intellectuellement et moralement, acceptant l'inéluctable
avec confiance et espoir. La levée progressive du secret sera-t-elle de la
volonté des extraterrestres avant celle des gouvernements ?
Pour Pinon, les faiblesses théologiques, morales, politiques et informatives des messages infirment l'interprétation divine, par contre, éclairés par le "miracle" du soleil, les messages inacceptables religieusement, même par les Papes, sont la preuve de l'origine extraterrestre. Le troisième secret devait être dévoilé en 1960, treize ans après Arnold et Roswell, les stratèges extraterrestres avaient sous-estimé la résistance des institutions terrestres et le temps d'acculturation, qui n'est pas encore entamé, malgré des piqûres de rappel.
Il n'y a qu'une fausse note la prédiction de la 2e GM, du pontificat de Pie XI, et de la mort prochaine de deux des trois petits voyants. L'auteur l'explique par un examen médical du type RR3 qui aurait décelé une maladie mortelle, tuberculose probablement. Il y a aussi une explication plus expéditive et plus cruelle. De même il explique par une défaillance du système d'implants, le fait qu'un des voyants n'entendait pas la Vierge. Défaillance je veux bien, mais défaillance répétée c'est moins probable. Optimiste est également l'opinion qu'il s'agit d'une opération subtile et graduelle de prise de contact à l'occasion de notre accès prochain au statut de civilisation interplanétaire, évitant l'ethnocide par contact avec une civilisation supérieure. Opération menée par une civilisation de type II, (qui tire son énergie de son système solaire) ou III de Kardachev (qui la tire de sa galaxie), mandatée par l'union des civilisations galactiques, et qui a acquis, grâce à une physique unifiée, la maîtrise de l'espace-temps, des trous noirs et des trous de ver, obéissant à une éthique universelle reposant sur un humanisme transcendantal. Si cela est, notre statut de civilisation de type I, de primates barbares et futiles, ne doit pas plaider en notre faveur, et nous avons un redressement à faire avant d'être aptes à les accueillir et à être accueillis dans une chaîne de civilisations II et III.
Face à cette stratégie de prise de contact, une préparation s'impose, faute de quoi, l'auteur énumère les 24 événements catastrophe d'un ethnocide, sept d'ordre psycho-sociologique et religieux, cinq politiques et militaires, douze économiques et sanitaires. Si nous n'en sommes pas capables nous risquons la colonisation pure et simple, voire l'esclavagisme. A la question pourquoi ne seraient-ils pas aussi sur notre modèle, l'auteur donne la réponse classique, parce que les humanités qui n'ont pas su sortir de la désunion et de la guerre tournante ont vitrifié leur planète avant de pouvoir en sortir.
Furtivité, discrétion, brouillage par l'absurde,
l'irrationnel, camouflage et parasitage des faits naturels et humains, évitent
l'ethnocide et nous laissent le temps de préparation à condition de ne pas
jouer à l'autruche. Or religions, politiques et médiats derrière la caution
des scientifiques ne pensent qu'à reculer l'échéance d'une confrontation ne
serait-ce qu'envisagée. L'auteur n'a pas de mal à démolir les hypothèses
rassurantes du phénomène ovnien, en particulier les thèses psychosociales et
celles psychistes de Vallée et Sider, et à montrer que la plus rationnelle est
celle de l'intrusion extraterrestre. La collusion divine avec Fatima et le
phénomène ovnien pose problème. Avec trois variantes :
1. Le phénomène
existe depuis la nuit des temps et a été l'objet d'une interprétation
religieuse jusqu'à Fatima.
2. Il y a interférence entre les manifestations
divines et le phénomène ovnien, en totalité ou en décalage.
3. A Fatima le
phénomène simule une apparition mariale, utilise la religion et la crédulité
humaine. C'est la thèse du livre.
L'auteur termine par une série de tableaux en forme d'équations suggestives qui établissent que :
1. Fatima est un phénomène ostentatoire de séméiologie ovnienne inaugurant une stratégie de prise de contact dont on avait que deux explications aussi irrationnelles l'une que l'autre : le miracle cosmique, l'hallucination collective de 70.000 personnes, l'interprétation ovnienne est la première et seule rationnelle jamais donnée.
2. La stratégie ovnienne ultérieure à Fatima est faite de discrétion, de furtivité et de brouillage parant à un ethnocide.
3. La stratégie ovnienne est celle qu'aurait une civilisation extraterrestre supérieure et que nous aurions si nous approchions un jour une planète habitée.
4. Le sophisme négationniste : ils devraient être là mais nous ne les voyons pas, ergo nous sommes seuls et les ovnis sont une foutaise ésotérique.
5. Le parallèle entre interprétation divine et interprétation ovnienne de Fatima est en faveur de la seconde.
6. Le caractère extraterrestre démonstratif et ostentatoire de Fatima préludant à la longue mise en condition par le déroulement graduel du phénomène ovnien annonce l'imminence de la prise de contact.
L'auteur m'a convaincu pour les points 1235. Pour 4, je pense que le sophisme négationniste est encore plus simpliste : ils ne peuvent pas être là, c'est impossible selon notre science, donc ils ne sont pas là. Et pour 6, je pense qu'ils sont devenus conscients de notre inaptitude à un contact sans ethnocide et que pour l'instant, s'ils sont ce que dit Pinon, ils cherchent comment nous sortir de la voie que nous avons prise vers la destruction de la vitalité de la planète Terre par la guerre nucléaire et/ou la pollution. Mais ils peuvent aussi être occupés à autre chose ; mais à quoi ?
Jacques Costagliola
Août 2002